jeudi 16 octobre 2014

Hyperglycémie

La porte s'est ouverte brusquement sur un papa-tout-sourire.
«
BONJOUR! Bienvenue!
Ha, toi, tu dois être Mael, c'est ça? Il ne manquait plus que toi.
Entrez donc!
»
Des cris d'enfants nous parviennent de la pièce à côté.
Joyeux, gentiment turbulents, un poil bruyants. Mael est impressionné.

Maman l'encourage.
«Allez, viens mon lapin, ton copain t'attend.
Tiens, ça, c'est le cadeau, donne moi ton manteau.»
Elle se retourne vers le papa-sourire.
- «
C'est son premier goûter d'anniversaire, il n'a pas trop l'habitude.»
- «Ne-vous-in-quié-tez-pas! Tout va bien se passer.
»
Il se penche vers Mael et lui tend une main rassurante.
«
Tu vas voir, Loulou, on va s'amuser comme-des-ptits-fous!»

Quelques heures plus tard. Les mêmes au même endroit.
Enfin, presque au même endroit.
Avec Maman, on est coincés derrière la porte.

Ding! Dong!
Rien

Ding! Dong!
On entend des pas de course puis quelque chose tomber à l'intérieur mais personne ne vient nous ouvrir.
«
Ce n'est pas possible, ils ne doivent pas nous entendre. Je vais essayer de les appeler. Où est-ce que j'ai mis l'invitation déjà?»
Finalement, Maman n'a pas le temps de quoi que ce soit, Papa-sourire nous ouvre grand la porte. Complètement hilare, maintenant.
«
Ha, haaa, il me semblait bien avoir entendu la sonnerie! Entrez, entrez!»
Un enfant passe derrière lui en hurlant.
Le bruit est surréaliste.

Dans un décor d'apocalypse, des enfants crient et courent dans tous les sens. On se croirait dans une fourmilière à découvert.
Il y a des bouts de papier cadeau, des restes de pi
ňata et des morceaux de décos, partout. Dans toutes les pièces, des jouets jonchés au sol et jusque sur les meubles.
Au milieu de tout ce carnage, une petite fille est assise par terre, visiblement perdue dans une meringue de princesse. Une mare fushia dans un océan déchaîné.

«MA-EL! Ta maman est là!» s'égosille Papa-Joker, qui doit forcer pour couvrir le vacarme général.

Le son d'une cavalcade résonne alors dans le couloir, Mael en tête de peloton.
Il débarque en nage, les joues écarlates, les cheveux collés au front. Déguisé en pirate.
«
Naaaan! PAS TOUT D'SUITE!» rugit-il en nous voyant. Et hop, le voilà qui repart. Son crochet à la main, une seule chaussure aux pieds et toute une bande de gnomes excités sur ses talons..



La coupe est pleine pour Maman qui décide clairement de reprendre les choses en main.
Elle se tourne vers moi.
«
Bon, je m'occupe de ramener ton frère et sa chaussure. Sois un amour, toi, et trouve moi son manteau s'il te plaît.»

Plus facile à dire qu'à faire...
Dans la confusion la plus totale, j'enjambe des constructions, je contourne des enfants, je me perds dans l'appartement qui n'a plus aucune délimitation logique (il y a de la dînette sur l'ordinateur!).

Au bout de quelques minutes tout de même, je retrouve Maman dans l'entrée, légèrement essoufflée, un brin décoiffée. Elle semble avoir récupéré Mael, qui a ses 2 chaussures à présent et qui plonge la main goulûment dans un petit sac en plastique.
Devant eux, le Papa-Joker et, à ses côtés, une dame au visage éteint qui assure à Maman que «Naaan, c'est facîîîle, en fait. On aura tout rangé en quelques secondes!»
Ce à quoi le Papa-Joker ajoute «Vous avez tout? Les bonbons? Le petit cadeau? T'as bien tes bonbons, Mael?»
La question semble d'une importance capitale. On sent qu'il y va de son honneur.

Sur le chemin du retour, Mael court comme un dératé. Il escalade tout ce qu'il trouve.
Maman doit batailler ferme pour qu'il lâche enfin le petit sac, qui colle désormais aux doigts, je ne te raconte pas.
En le récupérant, Maman soupire.
«Chaque anniversaire, c'est pareil. Ce n'est plus un goûter, c'est une orgie!
Tu vois, ce n'est pas bien ce que je vais te dire, mais dans ces moments là, je suis contente que ton frère dorme encore avec une tétine, parce que le coucher, ce soir, ça ne va pas être de la tarte.»

C'est plus fort que moi, je rigole.
«De la tarte, ha ha! C'est le cas de le dire!»
Maman rit à son tour. «Hi, hi, au pire, on le prive de dessert.»
«Alors, ça, ça serait vraiment la cerise sur le gâteau!»
«Ho ho ho!»

Pendant qu'on se marre avec Maman, Mael nous attend, perché sur un lampadaire, façon Peter Pan.
Débraillé, les cheveux en bataille, l’œil brillant et le regard farouche...
Plus besoin de déguisement, c'est vraiment un pirate maintenant.











Previously dans Moi Timothée,

dans Quelques grammes de musique,

et dans Le mercredi, on culture les petits,
LA PREMIÈRE FOIS...

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2 commentaires:

La vie de Selky a dit…

Rholàlà c'est exactement ça !!!!!!!! Les cheveux collés, la maison dérangée, les cris survoltés, les parents "tout s'est bien passé", le gâteau pas mangé, les bonbons dévorés....

Nicool a dit…

Je dois avouer que même si j'adore faire plaisir à mes terreurs, parfois, je trouve ça juste "too much".
Et je n'aime pas le coup du "tu repars avec un cadeau". Je ne vois pas pourquoi. On peut faire la fête pour et avec quelqu'un d'autre, sans qu'on ait besoin d'être récompensé.